Manifestes et Déclarations

MANIFESTE DE SOFIA 2006

Posant par essence l’être humain au centre des préoccupations de l’évolution des sciences du 21e siècle, comme sens du devenir du monde et volonté d’engagement culturel (pour reprendre l’expression de Léopold Senghor),

Rappelant que tout développement vivant, qu’on le veuille ou non, puise son énergie dans ses racines, s’enrichit de ses fruits et de ses nouveaux apports et en laissant partir ce qui se sépare,

Conscients que les lettres et les sciences humaines constituent, par l’usage du langage commun, un outil privilégié de rapprochement entre les évolutions exponentielles, complexes et souvent hermétiques des sciences et la conscience des citoyens, les premiers concernés par les enjeux des découvertes scientifiques,

Les représentants des lettres et des sciences humaines, réunis à Sofia, souhaitent, pour favoriser le rapprochement essentiel entre savoir et action, que les recherches et applications scientifiques s’orientent vers l’épanouissement de chaque être humain dans un monde de paix, de participation, de diversité et de respect des droits fondamentaux. Ils désignent le bien commun comme finalité du développement de l’ensemble des savoirs et des technologies.

Pour l’heure, cet idéal semble hors de portée. En effet, paradoxalement, la mondialisation, qui fonde sa légitimité et son effectivité sur les idées d’ouverture et de circulation, génère son contraire, à savoir la pensée unique et encadrée, perçue comme l’instrument privilégié de la logique économique.

Dans ce nouveau contexte d’uniformisation induit par la prévalence de la rationalité économique et le développement exponentiel des nouvelles technologies, il revient aux lettres et aux sciences humaines d’occuper une place centrale au sein même des dispositifs des savoirs, en ce qu’elles constituent l’instance de réflexion et de critique des connaissances portant notamment sur les nouvelles réalités politiques, sociales, culturelles, scientifiques et techniques.

Etant donné cette spécificité, les lettres et les sciences humaines ont la faculté d’adopter des postures multiples visant à favoriser les engagements sociétaux, les prises de responsabilités, l’autonomie créatrice et la conviction d’appartenir à un corps social dont la diversité, principalement culturelle, constitue la richesse.

A ce titre, les lettres et les sciences humaines :

  •  oeuvrent à la saisie des articulations entre l’expression des diversités en constante émergence et le nécessairevivre ensemble, qui s’appuient sur des universaux de communication ;
  •  promeuvent la sauvegarde des patrimoines matériels et immatériels autant que la création de nouveauxpatrimoines, processus obligé dans l’élaboration des identités collectives ouvertes ;
  •  initient, du fait de leur vocation de générer du lien social, le déploiement d’une démarche citoyenne conçuecomme principe de reliance sociale, de critique et de participation ;
  •  permettent d’identifier et de réguler les débats éthiques suscités par les nouvelles recherchesbiotechnologiques et de proposer des instruments d’élucidation et de compréhension de ces nouveaux enjeux, instruments perpétuellement soumis à révision critique ;
  •  induisent une démarche éducatrice et donc émancipatrice visant à faire de l’être humain un sujet responsable,acteur de sa destinée et de celle de la collectivité dont il émane, apte à produire du sens à partir de ses multiples insertions ;
  •  proposent les outils nécessaires à la gestion de la complexité des incertitudes à la fois intemporelles etspécifiques aux temps présents ;
  •  déploient une approche interprétative des réalités ;
  •  s’imposent comme les lieux de la circulation des savoirs trop souvent cloisonnés;
  •  reconnaissent la création comme activation et/ou réactivation de l’imaginaire au cœur des relations humaines ;
  •  favorisent l’interdisciplinarité langagière et méthodologique afin de rendre la tour de Babel audible etcompréhensible, passage obligé d’une démocratie partagée ;
  •  se présentent comme des disciplines de saine résistance face à l’imposition demodèles idéologiques ;
  •  offrent l’espace le plus approprié à la médiation et aux interconnexions des sphères culturelles, intellectuelles et disciplinaires diversifiées ;
  • sont des lieux d’élaboration de modèles communs de perception et d’interrogation des représentations du monde.

En conséquence, les représentants des différentes universités réunis à Sofia vous soumettent des propositions concrètes de renforcement des lettres et des sciences humaines :

  1. un soutien plus effectif, notamment financier, à la recherche fondamentale en lettres et sciences humaines, qui, éloignées de la satisfaction des besoins immédiats, constituent des outils de production de connaissances, des cadres d’analyse et d’interprétation de la société, aptes à accroître la conscience de la complexité et de l’incertain, et la mise en perspective du sens des données ;
  2. la prise en compte de l’importance de l’articulation de tous les savoirs, impliquant par exemple les insertions fines et appropriées des enseignements des lettres et des sciences humaines (comme la philosophie) dans la spécificité de la formation suivie ;
  3. le développement de stratégies d’analyse sociale de la société du 21e siècle ;
  4. l’organisation de conférences des citoyens visant à informer et à évaluer l’impact des résultats, notamment desnouvelles technologies sur le développement des sociétés ;
  5. l’étude approfondie de la gestion des informations, compte tenu des risques d’inégalité entre les citoyens enfonction des divers degrés d’accès à la formation et à l’information.

Université de Sofia St. Kliment Ohridski, mai 2006

Ce Manifeste est le fruit d’un colloque qui a réuni une cinquantaine d’enseignants-chercheurs de différentes disciplines (philosophie, anthropologie, sociologie, histoire, linguistique, littérature), originaires des différentes régions de l’espace francophone: Amérique, Europe centrale et orientale, Europe de l’Ouest et Maghreb, Afrique de l’Ouest, Afrique centrale, Océan Indien, Asie-Pacifique. Coordination: Albena Vassileva. Rédaction : Bernadette Smeesters et Jean-Pierre Nandrin. 

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DÉCLARATION D’OTTAWA 2007

L’Association des Facultés ou Établissements de Lettres et Sciences Humaines des universités d’expression française, réunie en congrès à l’Université d’Ottawa du 18 au 21 octobre 2007,

Considérant que la fracture numérique entre les pays du Nord et ceux du Sud est un empêchement majeur au développement harmonieux de la coopération internationale,

Considérant que cette fracture est un handicap intolérable pour les pays qui en sont victimes,

Considérant que les activités intellectuelles souffrent tout particulièrement de cette fracture car, d’une part, elle freine le développement du savoir et des idées dans les pays moins nantis et, d’autre part, elle empêche les universitaires des pays riches d’avoir accès aux immenses contributions potentielles de leurs collègues du Sud,

Considérant que si cette fracture s’aggravait encore, elle serait une menace dépassant largement des problèmes actuels,

Déclare solennellement que la réduction, voire la disparition de cette fracture doit être une priorité absolue pour toutes les institutions soucieuses de contribuer au développement de la coopération internationale,

Lance un appel à l’Agence universitaire de la Francophonie, dont elle est un des réseaux institutionnels, afin que celle-ci pèse de tout son poids auprès des autorités publiques et universitaires pour qu’elles consacrent des moyens nécessaires à cette action indispensable,

Demande que, compte tenu de son importance, l’AUF prenne la tête de cette lutte
et
S’engage, de con côté, à faire tout en son pouvoir pour que ses membres participent activement à toute initiative, si modeste soit-elle, qui contribuera à la réduction de la fracture numérique.

Ottawa, le 21 octobre 2007 Les délégués et les délégués venus de quatre continents et de dix-huit pays.

  • Albanie
  • Algérie
  • Belgique
  • Bulgarie
  • Burkina Faso
  • Cambodge
  • Canada
  • France
  • Liban
  • Madagascar
  • Maroc
  • Niger
  • République démocratique du Congo
  • Sénégal
  • Serbie
  • Togo
  • Tunisie
  • Vietnam

 

 

 

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